Matin grec (tel qu'en mes souvenirs)

Le vent fou du matin vient tirer du sommeil
Delphes la belle éblouie au soleil
Les oliviers parmi les pierres blanches
Au-dessus des rochers de marbre gris se penchent

Pour mieux voir s'éveiller tout un monde d'azur

Voluptueuse la mer étire ses lianes
Qu'elle laisse courir dans sa forêt de jade
D'écume s'effeuillant comme une fleur malade
Comme un grand lys langoureux qui se fane

Près du temple du dieu mort les eucalyptus
Mêlent leur doux parfum à l'odeur des fucus
Qui montent des rivages desséchés de sel
Jusqu'au sommet de la montagne au seuil du ciel

Des buissons de lauriers crèvent le paysage
En mille flaques roses vont jusqu'au village
Au-dessus de la mer perché sur son rocher
C'est l'heure où les pigeons s'élancent du clocher

Pour mieux voir s'éveiller tout un monde d'azur

Au seul carrefour éclaboussé de lumière
Une chanson native abolit le silence
C'est le chant cadencé d'une jeune bergère
Qui les pieds nus esquisse un pas de danse

Au devant de l'église blanchie à la chaux
L'ombre d'une madone adouci le chemin
Une vigne s'enroule autour de ses deux mains
A ses pieds se couche une rose qui a chaud

Les pêcheurs revenus depuis l'aurore au port
Ravaudent les filets accroupis sur le bord
Sous un citronnier qui abrite de son ombre
Un héros victorieux qui n'est plus qu'une tombe

Que salue au matin tout un monde d'azur
Matin grec (tel qu'en mes souvenirs)
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# Posté le lundi 21 janvier 2008 03:18

Modifié le lundi 14 avril 2008 09:17

Chut minuit au musée!

L'horloge au coeur vieillot égrène doucement
Les douze coups tremblants de l'heure trouble et magique
Seul un écho répond à l'appel pathétique
On entend seulement un léger bruissement

Le soupir feutré d'une vierge florentine
Dérange une Vénus aux cheveux grisonnants
Et qui laisse glisser sur un Pierrot dormant
Un nuage de gris lui donnant triste mine

Un sarcophage ouvert laisse voir à demi
Une reine égyptienne au doux regard sans larme
Ou survit quelquefois une lueur d'ennui

Près de perles éteintes et de diamants morts
Gît sans Christ une couronne d'épines d'or
Au pied d'un crucifix que cache un monceau d'armes


Chut minuit au musée!
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# Posté le lundi 21 janvier 2008 02:20

Modifié le lundi 14 avril 2008 09:21

Ballade pour mon amie la pluie

De larme et de lune et d'orient
C'est la ballade grise et mauve
Sur feuille verte et cailloux blancs
Que vient rêver parmi les roses
Le sourire en pleurs de la nuit

Pluie d'avril de printemps fragile
Pose des flocons de baisers
Au coeur des roseaux ivres de rosée
De coeur en coeur loin de la ville
Princesse aux cheveux de cristal

Tu voudrais oublier l'oiseau fatal
Qui te creva le coeur d'un coup de bec
Avant de s'envoler avec
Une étoile filante au ciel

Des grands rochers d'algue et de sel
Tu te jettes parmi les lames
Où viennent s'échouer les âmes

L'amour un jour s'en est allé
Poète j'ai perdu ma muse
Il ne me reste que toi qui t'amuses
A chanter de voilier en voilier
Pour effacer mes doux regrets

Et lorsqu'aux quatre vents je partirai
Je n'aurai plus sur ma guitare
Que la chanson d'avril des soirs
La chanson tendre de la pluie
Qui fait naître de mille bruits
Un ineffable vertige d'argent


Ballade pour mon amie la pluie
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# Posté le vendredi 18 janvier 2008 03:17

Modifié le lundi 14 avril 2008 09:12

Crépuscule

Il est de beaux soirs silencieux où l'on rêve
Immaculé voilier d'un rayon du couchant
Le cygne glisse nonchalamment sur l'étang
Demain se meurt lorsque l'amour berce nos lèvres
Un par un flambent les nénuphars doucement

Tel le fantôme ou le souvenir d'une histoire
Le cygne glisse nonchalamment sur l'étang
Il voguera longtemps encor dans ma mémoire
Tandis que je t'attends mon corps est au couchant
Un par un flambent les nénuphars doucement

L'oiseau passe et l'oubli s'arrime à son sillage
Le brouillard et le soir me vole ton visage
Le cygne glisse nonchalamment sur l'étang
Caché dans la forêt s'endort mon paysage
Un par un flambent les nénuphars doucement

brodés de fils d'argent mes souvenirs se noient
En fragiles éclats de lumière et de soie
Le cygne glisse nonchalamment sur l'étang
Brèves lueurs brisées sous la branche qui ploie
Un par un flambent les nénuphars doucement

Le cygne glisse nonchalamment sur l'étang
Le songe du passé a suivi l'aile blanche
Étincelle qui meurt comme une étoile flanche
Lumière ou souvenir tout s'éteint sous les branches
Un par un flambent les nénuphars doucement
Crépuscule
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# Posté le vendredi 18 janvier 2008 02:32

Modifié le dimanche 13 avril 2008 11:25

Odysseus

A travers ses yeux gris où se perd l'océan
J'ai vu ressurgir les marées de mes années
J'ai remué le sable des plages tannées
Ces sables que les rocs furieux mordaient au sang

Dans les eaux cendrées la tempête aux cris puissants
Ravageait le seuil morne des pierres damnées
Pluie et vents accrochés aux façades tannées
Semaient leurs chairs de frissons gémissants

Que m'importe la nuit qui se perd dans mes rêves
Je n'ai pas su jeter mes amours effarées
Les yeux dans les yeux boire à l'oubli de ses lèvres

Les rochers amers dressés comme des calvaires
Où sont venues s'échouer des douleurs égarées
Clouent ma mémoire de souvenirs mortuaires
Odysseus
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# Posté le mercredi 16 janvier 2008 05:20

Modifié le lundi 14 avril 2008 09:23